En bref
- Avant tout licenciement pour inaptitude, l’employeur doit rechercher un reclassement
- La recherche doit couvrir tous les postes disponibles dans l’entreprise et le groupe
- Le poste proposé doit être aussi comparable que possible au poste initial
- Le médecin du travail peut dispenser l’employeur de cette recherche dans certains cas
- Le régime varie selon que l’inaptitude est d’origine professionnelle ou non (obligations renforcées en cas d’AT/MP)
Le principe : chercher avant de licencier
L’obligation de reclassement est le pilier central de la procédure d’inaptitude. Elle impose à l’employeur de tout mettre en œuvre pour trouver un poste compatible avec les capacités du salarié avant d’envisager son licenciement. C’est une obligation de moyens renforcée, pas simplement de bonne volonté.
Concrètement, la jurisprudence exige une recherche sérieuse, loyale et personnalisée. Envoyer un email générique au DRH du groupe ne suffit pas. Chaque piste doit être explorée en tenant compte des préconisations du médecin du travail.

Inaptitude professionnelle ou non-professionnelle : deux régimes distincts
Le régime de l’obligation de reclassement n’est pas le même selon l’origine de l’inaptitude. Cette distinction est fondamentale : une erreur de qualification peut invalider toute la procédure.
| Critère | Inaptitude non professionnelle (art. L.1226-2 CT) | Inaptitude professionnelle AT/MP (art. L.1226-10 CT) |
|---|---|---|
| Consultation CSE | Obligatoire | Obligatoire |
| Indemnité de licenciement | Indemnité légale classique (1/4 de mois par an) | Indemnité doublée (L.1226-14) |
| Préavis | Non effectué mais payé si salarié non dispensé | Préavis payé même s’il ne peut pas être exécuté |
| Reprise du salaire | Après 1 mois sans reclassement ni licenciement | Après 1 mois (même règle) |
| Risque de manquement | Licenciement sans cause réelle et sérieuse | Nullité du licenciement possible + réintégration ou indemnité majorée |
⚠️ Point de vigilance AT/MP
Si l’inaptitude fait suite à un accident du travail ou une maladie professionnelle, vérifiez que le médecin du travail a bien mentionné l’origine professionnelle dans son avis. L’oubli est fréquent et peut réduire vos obligations — à tort.
Périmètre de la recherche
| Périmètre | Obligation |
|---|---|
| L’entreprise elle-même | Tous les établissements, tous les services |
| Le groupe (si applicable) | Filiales situées en France avec permutation possible |
| Aménagement du poste | Adapter le poste actuel (horaires, charge, ergonomie) |
| Transformation de poste | Modifier les missions si cela permet le maintien |
La notion de groupe s’apprécie au sens de l’article L.2331-1 du Code du travail : sociétés dont le capital est détenu majoritairement par une même entité, ou placées sous la direction d’une même personne morale. Les filiales étrangères sont exclues du périmètre de recherche obligatoire.
Les critères du poste proposé
Le poste de reclassement doit être aussi comparable que possible au poste initial en termes de qualification, rémunération et conditions de travail. Si aucun poste équivalent n’existe, vous pouvez proposer un poste de qualification inférieure, avec l’accord du salarié.
Consultation du CSE obligatoire
Le CSE doit être consulté sur les propositions de reclassement avant qu’elles ne soient soumises au salarié. L’oubli de cette consultation est un vice de procédure qui expose l’employeur à des dommages-intérêts.
Consultation du CSE : procédure et timing
La consultation du Comité Social et Économique est une étape formelle, pas un simple échange informel. Elle doit intervenir avant toute proposition écrite au salarié.
Séquence obligatoire
- Réception de l’avis d’inaptitude du médecin du travail
- Recensement des postes disponibles dans l’entreprise et le groupe
- Consultation du CSE sur les postes envisagés (ordre du jour, PV)
- Proposition écrite formelle au salarié (lettre recommandée ou remise en main propre contre décharge)
- Attente de la réponse du salarié (délai raisonnable)
- Reclassement effectif ou — si impossible ou refusé — engagement de la procédure de licenciement
Le procès-verbal de la réunion CSE doit mentionner explicitement que les élus ont été consultés sur le reclassement de ce salarié précis. Un PV générique ou une réunion sans ordre du jour ad hoc sera insuffisant en cas de contentieux (Cass. soc., 23 novembre 2022, n°21-14.060).
Les cas de dispense
Depuis la loi Travail de 2016, le médecin du travail peut mentionner dans son avis que tout maintien dans un emploi serait gravement préjudiciable à la santé du salarié, ou que l’état de santé fait obstacle à tout reclassement. Dans ces cas, vous êtes dispensé de la recherche.
Cette dispense doit figurer expressément dans l’avis d’inaptitude. En l’absence de cette mention, l’obligation de reclassement s’applique pleinement, même si le médecin du travail vous a dit oralement que la situation était sans issue.

Que faire si le salarié refuse ?
Le salarié peut refuser le poste proposé. Ce refus ne constitue pas une faute et ne vous dispense pas de continuer la recherche. Si aucun autre poste n’est disponible après le refus, vous pouvez alors engager la procédure de licenciement pour inaptitude.
En cas de refus, documentez-le par écrit : demandez au salarié de confirmer son refus par courrier ou email, et joignez cet élément à votre dossier. Si le salarié refuse sans motif valable plusieurs postes adaptés, les juges pourront considérer que vous avez satisfait à votre obligation.
Reclassement impossible : comment le justifier face aux juges
Lorsque aucun poste compatible n’existe, l’employeur doit démontrer qu’il a fait des recherches réelles et exhaustives. Un simple affirmation « aucun poste disponible » sera systématiquement rejeté par les prud’hommes.
Éléments de preuve acceptés par la Cour de cassation
- Courriers envoyés à chaque établissement et filiale en France avec accusés de réception
- Réponses écrites négatives de chacune des entités consultées
- Fiches de poste des postes disponibles démontrant l’incompatibilité avec les restrictions médicales
- Compte-rendu de la consultation médecin du travail sur l’impossibilité d’aménagement
- Procès-verbal du CSE actant l’impossibilité de reclassement
- Lettre recommandée au salarié l’informant de l’impossibilité avant d’engager le licenciement
La Cour de cassation a rappelé dans son arrêt du 6 juillet 2022 (Cass. soc., n°21-10.160) que la simple consultation du CSE ne suffit pas à prouver l’impossibilité : encore faut-il que les élus aient pu se prononcer sur des éléments concrets (liste de postes, contraintes médicales).
Comment prouver la recherche de reclassement
En cas de contentieux, la charge de la preuve repose sur l’employeur. Documentez chaque étape :
- Courriers aux filiales et établissements demandant les postes disponibles
- Réponses reçues (y compris négatives)
- Préconisations du médecin du travail et échanges
- Avis du CSE
- Propositions écrites au salarié et ses réponses
Conséquences d’un manquement à l’obligation de reclassement
Sous-estimer cette obligation est l’erreur la plus fréquente — et la plus coûteuse — des procédures d’inaptitude. Les conséquences varient selon l’origine de l’inaptitude.
| Type d’inaptitude | Sanction principale | Montant indicatif |
|---|---|---|
| Non professionnelle | Licenciement sans cause réelle et sérieuse | 3 à 20 mois de salaire brut (barème Macron) |
| AT/MP (manquement grave) | Nullité du licenciement possible | Réintégration + rappels de salaire, ou indemnité ≥ 6 mois |
| Vice de procédure CSE | Dommages-intérêts supplémentaires | 1 mois de salaire brut minimum (art. L.1235-12) |
| Reprise salaire non faite | Rappels de salaire + charges sociales | Variable selon la durée du dépassement |
⛔ La règle du mois oubliée coûte cher
L’article L.1226-4 du Code du travail est sans ambiguïté : si à l’issue du délai d’un mois suivant l’avis d’inaptitude le salarié n’est ni reclassé ni licencié, l’employeur doit reprendre le versement de son salaire. Ce rappel est fréquemment oublié et génère des litiges évitables.
Checklist employeur : les 8 étapes du reclassement
- ☑️ Réception de l’avis d’inaptitude — noter la date exacte (point de départ du délai d’un mois)
- ☑️ Identifier l’origine — professionnelle (AT/MP) ou non professionnelle → choisir le bon régime
- ☑️ Recenser les postes disponibles — écrire à chaque établissement et filiale en France (LRAR)
- ☑️ Consulter le médecin du travail sur les aménagements possibles et les restrictions précises
- ☑️ Convoquer le CSE — réunion formelle, ordre du jour explicite, PV signé
- ☑️ Proposer par écrit les postes compatibles au salarié (LRAR ou remise contre décharge)
- ☑️ Traiter la réponse — acceptation : reclassement effectif ; refus : documenter et rechercher à nouveau
- ☑️ Respecter le délai d’un mois — reclasser ou licencier avant expiration, sinon reprendre le salaire
Pour aller plus loin
Un salarié inapte dans votre effectif ?
Anticiper avec une contre-visite médicale dès l’arrêt suspect peut éviter d’arriver à la procédure d’inaptitude. Les médecins contrôleurs partenaires interviennent sous 24 à 48 h ouvrées.
Le télétravail comme modalité de reclassement
Depuis la loi Santé au travail du 2 août 2021 (art. L.1226-2 modifié) et le décret n°2022-395 du 18 mars 2022, le télétravail constitue une modalité explicite de reclassement à envisager lorsque les restrictions médicales le permettent. L'employeur qui n'explore pas cette piste expose la procédure à un risque de manquement, même si aucun poste physique ne correspond.
| Situation | Obligation télétravail | Référence légale |
|---|---|---|
| Restrictions médicales compatibles avec télétravail | Envisager un poste existant en télétravail ou hybride | Art. L.1226-2 CT + décret 2022-395 |
| Médecin du travail préconise télétravail | Obligation de recherche renforcée, justification écrite si impossibilité | Art. L.1226-2 al. 3 CT |
| Poste non télétravaillable par nature | Documenter l'impossibilité (fiche de poste, avis MT) — dispense de proposer | Cass. soc. 29 janv. 2025, n°23-21.030 |
| Refus de l'employeur sans justification | Manquement à l'obligation de reclassement, même si aucun poste physique libre | Cass. soc. 29 janv. 2025 |
💡 Bon à savoir — contrôle et capacités fonctionnelles
Un contrôle d'arrêt maladie réalisé en amont peut aider à qualifier précisément les capacités fonctionnelles résiduelles du salarié — information utile pour orienter la recherche de reclassement (télétravail, temps partiel, aménagement de poste).
Salarié protégé : une procédure de reclassement renforcée
Lorsque le salarié déclaré inapte bénéficie d'une protection légale contre le licenciement (mandat représentatif, mandat syndical, candidature déclarée…), la procédure de reclassement doit respecter des obligations supplémentaires sous peine de nullité absolue du licenciement.
| Mandat / statut protégé | Durée protection post-mandat | Étape supplémentaire obligatoire |
|---|---|---|
| Élu CSE (titulaire ou suppléant) | 6 mois après fin de mandat | Avis du CSE + autorisation DREETS |
| Délégué syndical | 12 mois après fin de mandat | Avis du CSE + autorisation DREETS |
| Représentant syndical au CSE | 6 mois après fin de mandat | Avis du CSE + autorisation DREETS |
| Candidat aux élections (1ère liste) | 6 mois à compter du dépôt de liste | Autorisation DREETS (même si mandat pas encore obtenu) |
⛔ Autorisation DREETS : procédure spécifique
Pour licencier un salarié protégé inapte après échec du reclassement, l'employeur doit déposer une demande d'autorisation auprès de la DREETS. L'inspecteur du travail dispose de 15 jours pour statuer (2 mois si enquête contradictoire). Tout licenciement prononcé sans autorisation est nul de plein droit, avec obligation de réintégration et rappels de salaire intégraux — sans plafond du barème Macron.
Questions fréquentes
Combien de postes faut-il proposer ?
Il n’existe pas de nombre minimum. L’obligation porte sur la recherche sérieuse de tous les postes compatibles disponibles, pas sur un quota de propositions. En pratique, les juges apprécient la qualité de la démarche (périmètre réel, postes réellement vérifiés) plus que le nombre de courriers envoyés.
Peut-on proposer un poste avec baisse de salaire ?
Oui, si aucun poste de qualification et rémunération équivalentes n’est disponible. Le salarié est libre de refuser sans que cela constitue une faute. En cas d’acceptation, un avenant au contrat de travail est obligatoire pour acter la nouvelle rémunération et les nouvelles fonctions.
Quel délai pour la recherche de reclassement ?
La loi impose un délai maximum d’un mois entre l’avis d’inaptitude et le reclassement ou le licenciement (art. L.1226-4 CT). Au-delà, vous devez reprendre le versement du salaire intégral, y compris les primes contractuelles. Ce délai ne peut pas être suspendu.
L’obligation de reclassement s’applique-t-elle dans une TPE sans groupe ?
Oui, pleinement. Même dans une entreprise de 3 salariés sans filiale, l’employeur doit rechercher si un poste existant peut être aménagé ou si le salarié peut être repositionné sur une autre fonction compatible. L’absence de postes doit être démontrée, pas simplement affirmée. La jurisprudence n’accorde pas d’exemption aux petites structures.
Que se passe-t-il si le médecin du travail n’a pas mentionné la dispense de reclassement ?
L’obligation de reclassement s’applique dans toute sa rigueur. Si vous estimez que la dispense aurait dû figurer dans l’avis, vous pouvez contester l’avis d’inaptitude devant l’inspection du travail dans les 15 jours (art. R.4624-45 CT). Passé ce délai, l’avis est définitif et la recherche de reclassement devient obligatoire.
Peut-on reclasser un salarié dans une filiale à l’étranger ?
Non. La recherche de reclassement est limitée aux entités situées en France. Les filiales étrangères, même appartenant au même groupe, sont exclues du périmètre obligatoire (Cass. soc., 13 mars 2013, n°11-22.082). Un reclassement à l’étranger peut néanmoins être proposé avec l’accord explicite du salarié, mais il ne peut pas se substituer à la recherche en France.
Le salarié en période d’essai est-il concerné par l’obligation de reclassement ?
Non. L’obligation de reclassement ne s’applique pas aux salariés en période d’essai : la rupture de la période d’essai n’est pas un licenciement, et les procédures afférentes à l’inaptitude ne leur sont pas applicables (art. L.1237-19 CT). En revanche, si le contrat de travail a été confirmé — période d’essai levée — l’obligation est pleinement applicable.
L'obligation de reclassement s'applique-t-elle à un salarié en CDD ?
En principe, non : le CDD peut être rompu à son terme sans procédure d'inaptitude. Toutefois, si l'avis d'inaptitude est rendu avant l'échéance du contrat, l'employeur est tenu de rechercher un reclassement possible avant de rompre le CDD par anticipation pour inaptitude (art. L.1226-4-1 CT). En pratique, la durée limitée du CDD rend souvent l'impossibilité de reclassement facile à démontrer.
Le télétravail peut-il constituer un poste de reclassement valide ?
Oui, depuis la loi du 2 août 2021 et le décret 2022-395. Si les restrictions médicales le permettent, un poste exercé entièrement ou partiellement en télétravail doit être envisagé. L'employeur qui refuse sans justification écrite s'expose à un manquement à son obligation, même s'il n'existe aucun poste physique vacant (Cass. soc. 29 janv. 2025, n°23-21.030).
Comment licencier un salarié protégé déclaré inapte ?
La procédure comporte deux étapes supplémentaires : (1) l'avis consultatif du CSE, et (2) la demande d'autorisation auprès de la DREETS. L'inspecteur du travail dispose de 15 jours pour répondre. En l'absence d'autorisation, le licenciement est nul — sans plafond Macron — avec réintégration obligatoire et rappel de salaire intégral.