Après une contre-visite qui conclut à un arrêt injustifié, ou qui n’a pas pu avoir lieu du fait du salarié, l’employeur peut suspendre le complément de salaire qu’il verse. La loi lui impose d’en informer le salarié sans délai. Ce courrier fixe la date d’effet, rappelle les faits et évite les erreurs qui font tomber la suspension devant le juge. Voici les conditions, un modèle complet et sa variante en cas d’absence du salarié.
Dans quels cas la lettre est possible
L’article L. 1226-1 du Code du travail conditionne le maintien de salaire à un certificat médical « et contre-visite s’il y a lieu ». Le décret n° 2024-692 du 5 juillet 2024 (article R. 1226-12) prévoit que le médecin mandaté informe l’employeur soit du caractère justifié ou injustifié de l’arrêt, soit de l’impossibilité de procéder au contrôle pour une cause imputable au salarié, et que l’employeur transmet cette information au salarié sans délai. La suspension du complément est donc possible dans trois situations :
- le médecin contrôleur a conclu que l’arrêt n’est pas justifié, ou ne l’est plus pour la durée restante ;
- le salarié était absent de son domicile ou de son lieu de repos en dehors des heures de sortie autorisées (9 h à 11 h et 14 h à 16 h par défaut, article R. 323-11-1 du Code de la sécurité sociale), ou en dehors des horaires qu’il avait communiqués si son arrêt mentionne des sorties libres (article R. 1226-10) ;
- le salarié a refusé l’examen, ou ne s’est pas présenté à la convocation au cabinet du médecin (article R. 1226-11).
Les mentions que le courrier doit contenir
| Mention | Pourquoi |
|---|---|
| L’arrêt concerné (dates de début et de fin prévue) | Identifie la période sur laquelle porte la décision |
| La contre-visite : date, heure, lieu, médecin mandaté par l’employeur | Prouve que la visite a eu lieu dans les conditions légales |
| La conclusion transmise par le médecin, dans les termes de l’article R. 1226-12 | Sans diagnostic ni détail médical : la conclusion seulement |
| La décision : suspension du complément de salaire à compter de la date de la visite | Fixe l’effet pour l’avenir, sans rétroactivité |
| Le rappel que les indemnités journalières relèvent de la caisse | Évite toute confusion sur la portée de la décision |
| La possibilité pour le salarié de faire valoir ses observations et de produire tout élément nouveau | Montre une décision prise loyalement, ce que le juge regarde |
Modèle de lettre : arrêt jugé injustifié
À envoyer en lettre recommandée avec avis de réception, ou à remettre en main propre contre décharge, dès réception des conclusions du médecin. Les crochets sont à remplacer.
[Raison sociale de l’entreprise]
[Adresse]
[Prénom Nom du salarié]
[Adresse]
[Lieu], le [date]
Lettre recommandée avec avis de réception
Objet : suspension du complément de salaire à la suite de la contre-visite médicale du [date]
Madame, Monsieur,
Vous nous avez transmis un arrêt de travail pour la période du [date de début] au [date de fin prévue]. Conformément à l’article L. 1226-1 du Code du travail, nous avons fait procéder à une contre-visite médicale par un médecin que nous avons mandaté. Cette visite a eu lieu le [date] à [heure], à [votre domicile / votre lieu de repos communiqué / au cabinet du médecin, sur convocation du (date)].
Le médecin nous a informés, en application de l’article R. 1226-12 du Code du travail, que votre arrêt de travail n’est pas médicalement justifié [pour la période restant à courir]. Comme la loi nous en fait l’obligation, nous vous transmettons cette conclusion sans délai.
En conséquence, le complément de salaire que l’entreprise vous verse au titre de [l’article L. 1226-1 du Code du travail / l’article (numéro) de la convention collective (nom)] est suspendu à compter du [date de la contre-visite]. Les sommes versées jusqu’à cette date vous restent acquises. Cette décision ne concerne pas les indemnités journalières de la Sécurité sociale, qui relèvent de la seule caisse d’assurance maladie, à laquelle le médecin a transmis ses conclusions.
Le versement reprendra si vous reprenez votre poste, ou si un élément nouveau vient justifier la poursuite de votre arrêt. Vous pouvez nous faire part de vos observations par écrit à l’adresse ci-dessus.
Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations distinguées.
[Nom, fonction du signataire]
[Signature]
Variante : le salarié était absent ou a refusé l’examen
Remplacer le deuxième paragraphe du modèle par l’une des deux formulations ci-dessous, sans en changer le reste.
Absence du domicile. Le médecin s’est présenté le [date] à [heure] à l’adresse que vous nous avez communiquée, en dehors des heures de sortie autorisées par votre arrêt [ou : dans le créneau horaire que vous nous aviez communiqué en application de l’article R. 1226-10 du Code du travail]. Il nous a informés qu’il n’a pu procéder à l’examen en votre absence, pour une cause qui vous est imputable au sens de l’article R. 1226-12.
Refus de l’examen. Le médecin s’est présenté le [date] à [heure] à [adresse] [ou : vous a convoqué à son cabinet le (date) à (heure)]. Il nous a informés que vous avez refusé de vous soumettre à l’examen [ou : que vous ne vous êtes pas présenté à la convocation], ce qui a rendu le contrôle impossible pour une cause qui vous est imputable au sens de l’article R. 1226-12 du Code du travail.
Les erreurs qui font tomber la suspension
- Suspendre rétroactivement, ou retenir sur la paie des sommes déjà dues : rappel de salaire assuré, avec intérêts.
- Ne pas informer le salarié, ou l’informer tardivement : l’article R. 1226-12 impose une transmission sans délai, et le juge vérifie qu’elle a eu lieu.
- Une visite pendant les heures de sortie autorisées, ou hors des horaires communiqués en cas de sorties libres : l’absence du salarié n’est pas fautive.
- Un médecin qui n’est pas indépendant (médecin du travail, salarié de l’entreprise) ou qui n’est pas inscrit à l’Ordre : la contre-visite est inopposable.
- Mentionner un diagnostic ou un détail médical dans le courrier : violation du secret médical, la lettre ne doit reprendre que la conclusion.
- Mélanger suspension et sanction : la lettre de suspension n’est pas un avertissement. Une faute éventuelle relève d’une procédure disciplinaire distincte, avec ses propres délais.
- Ignorer un élément nouveau : un nouvel arrêt d’un autre médecin, ou une conclusion contraire du médecin-conseil de la caisse, doit conduire à réexaminer la décision. Depuis le 27 juin 2026, la caisse qui ne suit pas l’avis du médecin mandaté par l’employeur motive sa position par écrit et en informe l’employeur.
Après l’envoi
Prévenez la paie de la date d’effet, en distinguant le complément suspendu de la subrogation éventuelle des indemnités journalières. Conservez la conclusion du médecin, la lettre et sa preuve de dépôt pendant au moins trois ans, durée de prescription des rappels de salaire (article L. 3245-1 du Code du travail), cinq ans par prudence. Si le salarié reprend le travail, ou produit un élément qui justifie la poursuite de l’arrêt, reprenez le versement à cette date et notez-le au dossier. Le détail des conditions et des risques est développé sur notre page contre-visite et suspension du maintien de salaire.
Une contre-visite à organiser ?
L’organisme partenaire de SantExpertise intervient partout en France sous 48 heures, devis communiqué avant l’intervention.
Demander une mise en relationQuestions fréquentes
Faut-il un recommandé pour suspendre le complément de salaire ?
À partir de quelle date la suspension prend-elle effet ?
Le courrier peut-il mentionner le diagnostic du médecin contrôleur ?
Le salarié peut-il contester la suspension ?
La suspension du complément permet-elle de licencier le salarié ?
Pages liées
- Contre-visite et suspension du maintien de salaire : conditions et procédure
- Absence du salarié lors du contrôle : conséquences
- Contre-visite médicale : le guide complet
- Médecin contrôleur : rôle, pouvoirs et limites