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Accident du travail : déclaration, indemnisation et contrôle employeur

Mis à jour le 30 septembre 2026

En bref

  • Vous avez 48 heures pour déclarer un accident du travail à la CPAM, sauf dimanches et jours fériés.
  • L’indemnisation repose sur des indemnités journalières majorées versées par la CPAM, souvent complétées par un maintien de salaire conventionnel.
  • La faute inexcusable de l’employeur peut être invoquée si une règle de sécurité n’a pas été respectée, avec des conséquences financières lourdes.
  • Vous pouvez émettre des réserves motivées lors de la déclaration si vous doutez du caractère professionnel de l’accident.

Définition légale de l’accident du travail

Selon l’article L. 411-1 du Code de la Sécurité Sociale, est considéré comme accident du travail tout accident survenu par le fait ou à l’occasion du travail, quelle qu’en soit la cause, à tout salarié travaillant pour un employeur. La définition est volontairement large : elle couvre aussi bien les accidents sur le lieu de travail que ceux survenus lors d’un déplacement professionnel.

Trois conditions cumulatives sont requises pour qualifier un accident du travail : un événement soudain, une lésion corporelle ou psychologique, et un lien de causalité avec l’activité professionnelle. Un malaise survenu au bureau peut ainsi être reconnu comme accident du travail si le lien avec les conditions de travail est établi.

Vos obligations de déclaration en tant qu’employeur

Dès que vous êtes informé d’un accident du travail, vous disposez de 48 heures pour effectuer la déclaration auprès de la CPAM (hors dimanches et jours fériés). Cette déclaration s’effectue via le formulaire Cerfa n°14463, disponible en ligne sur Net-Entreprises ou directement auprès de votre CPAM. Le non-respect de ce délai vous expose à une majoration de cotisation et au remboursement des indemnités versées.

Vous devez également remettre au salarié une feuille d’accident du travail (formulaire S6201) dès connaissance de l’accident. Ce document lui permet de bénéficier de la prise en charge à 100 % des soins médicaux liés à l’accident, sans avance de frais. Conserver une copie de ce formulaire dans le dossier RH du salarié est indispensable.

Médecin contrôleur prenant des notes lors d’une contre-visite médicale

Émettre des réserves : quand et comment ?

Si vous avez des doutes sur le caractère professionnel de l’accident, vous avez la possibilité d’émettre des réserves motivées directement sur la déclaration d’accident du travail ou dans un courrier séparé adressé à la CPAM dans les 10 jours suivant la déclaration. Ces réserves doivent être précises et fondées sur des faits concrets : absence de témoin, incohérence de l’horaire, lieu de l’accident non lié à l’activité professionnelle, etc.

L’émission de réserves déclenche une instruction complémentaire par la CPAM, qui dispose alors de 30 jours supplémentaires pour statuer. Durant cette période, elle peut interroger le salarié, les témoins et vous-même. Des réserves non motivées ou insuffisamment argumentées seront écartées sans impact sur la procédure.

Calcul et versement des indemnités journalières

Période d’arrêt Taux de l’indemnité journalière Base de calcul
Du 1er au 28e jour 60 % du salaire journalier de référence Salaire brut du mois précédent / 30,42
À partir du 29e jour 80 % du salaire journalier de référence Salaire brut du mois précédent / 30,42
Plafond mensuel Plafonné au salaire net habituel Sans dépasser le salaire net
Délai de carence Aucun (indemnisation dès le 1er jour) Contrairement à la maladie ordinaire

L’absence de délai de carence est un avantage majeur pour le salarié par rapport à l’arrêt maladie ordinaire. Les indemnités journalières accident du travail sont versées directement par la CPAM. Si votre convention collective prévoit un maintien de salaire, vous versez la différence entre le salaire habituel et les indemnités CPAM, que vous vous faites ensuite rembourser via la subrogation.

Gestion de l’arrêt maladie consécutif à l’accident

L’arrêt maladie consécutif à un accident du travail obéit à des règles spécifiques distinctes de l’arrêt maladie ordinaire. Le salarié bénéficie d’une protection renforcée contre le licenciement durant toute la période de suspension du contrat de travail liée à l’accident. Seule une faute grave non liée à l’accident ou une impossibilité de maintenir le contrat peut justifier une rupture.

À l’issue de l’arrêt, le salarié doit obligatoirement passer une visite de reprise auprès du médecin du travail dans les 8 jours suivant la reprise. Cette visite conditionne la reprise effective du travail et peut déboucher sur une déclaration d’inaptitude si l’état de santé du salarié ne lui permet pas de retrouver son poste.

Responsable RH organisant le contrôle d’un salarié en arrêt maladie

La faute inexcusable de l’employeur

La faute inexcusable de l’employeur est reconnue lorsqu’il avait ou aurait dû avoir conscience du danger auquel était exposé le salarié et n’a pas pris les mesures nécessaires pour l’en préserver. Elle entraîne une majoration significative des indemnités versées au salarié, ainsi que la prise en charge des préjudices non couverts par la réparation forfaitaire habituelle.

Pour vous prémunir contre ce risque, tenez à jour votre Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER), formalisez vos procédures de sécurité et conservez la preuve de toutes les formations sécurité dispensées à vos salariés. Ces éléments constituent votre meilleure défense en cas de mise en cause ultérieure.

Accident de trajet : spécificités et différences avec l’accident du travail

L’accident de trajet est défini par l’article L. 411-2 du Code de la Sécurité sociale comme l’accident survenu entre le lieu de travail et le domicile du salarié (ou un lieu habituel de restauration), ou entre le lieu de travail et le lieu où il prend habituellement ses repas. Il bénéficie d’une présomption d’imputabilité similaire à l’accident du travail, mais présente des différences importantes sur le plan de la responsabilité de l’employeur.

Critère Accident du travail Accident de trajet
Lieu Sur le lieu de travail ou lors d’un déplacement professionnel Entre domicile et lieu de travail (ou restauration habituelle)
Présomption Oui, L. 411-1 CSS Oui, L. 411-2 CSS
Faute inexcusable employeur Applicable, risques élevés Non applicable, hors sphère de l’employeur
Indemnisation Identique (IJ majorées, soins à 100 %) Identique (IJ majorées, soins à 100 %)
Protection licenciement Oui, totale pendant l’arrêt Oui, totale pendant l’arrêt
Imputation CARSAT Sur compte employeur → taux cotisation AT Imputé au compte « accidents de trajet » impact limité sur cotisation

En pratique, l’accident de trajet n’est pas imputable à une faute de l’employeur sauf s’il a imposé des horaires entraînant un risque accru (ex. : obligation de prendre sa voiture la nuit sur de longues distances). La Cour de cassation a précisé que toute interruption du trajet pour un motif personnel fait sortir le salarié de la protection de trajet (Cass. soc., 20 mars 2019, n° 17-28.400).

Réflexe déclaration : même si vous estimez que l’accident survenu est un accident de trajet et non un AT, déclarez-le en précisant votre appréciation du trajet. La qualification erronée de la nature de l’accident expose à une prise en charge par la mauvaise branche et peut générer des réclamations ultérieures du salarié.

Rechute et aggravation : droits et procédure employeur

Une rechute est la réapparition des manifestations d’un état pathologique consécutif à un accident du travail reconnu, après la date de guérison ou de consolidation. Elle est distincte d’un nouvel accident et doit être prise en charge dans le cadre du premier dossier AT. La CPAM détermine le lien avec l’accident initial et peut allonger la période de prise en charge.

En tant qu’employeur, vous avez là aussi la possibilité d’émettre des réserves motivées si vous estimez que la rechute déclarée n’est pas liée à l’accident du travail initial. Ces réserves doivent être formulées dans les mêmes conditions que pour la déclaration initiale.

Concernant la date de consolidation : c’est la date à laquelle l’état de santé du salarié n’est plus susceptible d’évolution notoire. À partir de cette date, le salarié n’est plus en arrêt AT mais peut être reconnu en incapacité permanente partielle (IPP), avec attribution d’une rente ou d’un capital selon le taux d’incapacité fixé par la CARSAT. L’arrêt maladie qui suit la consolidation peut être pris en charge soit en maladie ordinaire, soit continuer en AT si l’état n’est pas consolidé.

Prévention des accidents du travail : chiffres 2024 et obligations DUER

Selon les statistiques de l’Assurance Maladie, Risques professionnels 2024 :

Indicateur Valeur 2023 Source
Accidents du travail reconnus 738 000 Assurance Maladie, Rapport AT/MP 2023
Journées d’incapacité temporaire (AT) +42 millions de jours Assurance Maladie, Rapport AT/MP 2023
Accidents mortels 645 Assurance Maladie, Rapport AT/MP 2023
Coût moyen d’un AT avec arrêt ~6 000 € (cotisation employeur impactée) Estimation INRS 2023
Secteurs les plus touchés BTP, Transport-logistique, Commerce DARES Analyses 2023

La prévention passe par le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP), obligatoire dès le premier salarié (article R. 4121-1 du Code du travail). Ce document doit répertorier l’ensemble des risques professionnels identifiés dans l’entreprise, être mis à jour au moins annuellement et être accessible aux salariés, aux membres du CSE et à l’inspection du travail. En l’absence de DUERP ou en cas de DUERP insuffisant, la responsabilité civile et pénale de l’employeur est exposée en cas d’accident.

Depuis la loi n° 2021-1018 du 2 août 2021 (dite loi Santé au travail), le DUERP doit désormais inclure un programme annuel de prévention (pour les entreprises de plus de 50 salariés) et être déposé sur un portail numérique géré par les organismes de prévention. La conservation est obligatoire sur 40 ans.

AT après un arrêt maladie ordinaire : si un salarié est victime d’un accident du travail pendant un arrêt maladie ordinaire, l’AT est pris en charge normalement, mais son arrêt maladie initial est suspendu. Le dossier AT est indépendant du dossier maladie. En revanche, si l’employeur avait mandaté un médecin contrôleur sur le premier arrêt, le résultat de ce contrôle est sans effet sur le nouvel arrêt AT.

SantExpertise et la gestion post-AT

SantExpertise intervient exclusivement dans le cadre des arrêts maladie ordinaires, pas dans celui des arrêts AT (qui relèvent d’un régime protecteur spécifique où la contre-visite patronale est juridiquement plus complexe). Si vous souhaitez comprendre la frontière entre les deux situations pour mieux gérer un dossier RH sensible, nos conseillers peuvent vous orienter. Demandez un rappel gratuit →

Pour aller plus loin

Enquête interne et arbre des causes après un accident du travail

Dès qu’un accident du travail survient, notamment s’il est grave ou susceptible de se reproduire, l’employeur doit mener une enquête interne en collaboration avec le Comité Social et Économique (CSE) si l’entreprise en est dotée (article L. 2312-13 du Code du travail). Cette enquête vise à identifier les causes profondes de l’accident et à prévenir toute récidive.

La méthode de l’arbre des causes est l’outil recommandé par l’INRS pour analyser les facteurs ayant conduit à l’accident. Elle consiste à remonter la chaîne causale, depuis le fait accidentel jusqu’aux causes organisationnelles, humaines et techniques, pour dégager des mesures correctives durables. Les résultats doivent être intégrés à votre DUERP actualisé.

Points clés de l’enquête AT

  • À réaliser dans les 24 à 48 heures suivant l’accident
  • Implique le CSE ou un représentant du personnel
  • Résultats intégrés au DUERP mis à jour
  • Transmissibles à la CARSAT sur demande
  • Constitue une preuve de bonne foi en cas de mise en cause pour faute inexcusable

En cas de décès ou d’incapacité permanente grave, la CARSAT peut diligenter sa propre enquête. L’employeur est alors tenu de coopérer et de communiquer tous les éléments demandés. Une enquête interne documentée en amont renforce considérablement votre position.

Impact financier sur la cotisation AT/MP : maîtriser le coût de vos accidents

Chaque accident du travail reconnu par la CPAM est imputé au compte employeur et influe directement sur votre taux de cotisation AT/MP, calculé annuellement par la CARSAT. Comprendre cette mécanique vous permet d’agir en amont pour limiter l’impact financier à long terme.

Taille de l’entreprise Mode de tarification Impact d’un AT sur la cotisation
Moins de 20 salariés Taux collectif Aucun impact direct sur votre taux individuel
20 à 149 salariés Taux mixte Impact partiel selon la formule pondérée CARSAT
150 salariés et plus Taux réel individualisé Impact direct et total, chaque sinistre pèse sur votre taux

Pour les entreprises à taux réel, le coût d’imputation d’un AT grave peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros sur 3 à 5 ans, les coûts AT étant capitalisés et imputés sur plusieurs exercices. Selon l’INRS, pour un accident entraînant une incapacité permanente partielle (IPP) de 10 %, le coût total en cotisations cumulées peut dépasser 100 000 €.

À noter : Les accidents de trajet (L. 411-2 CSS) sont imputés sur un compte national mutualisé et non sur votre compte employeur individuel. Ils n’augmentent donc pas votre taux AT/MP, contrairement aux accidents survenus dans le cadre de votre activité professionnelle.

Trois leviers permettent de maîtriser ce poste de coût : (1) la prévention active (DUERP à jour, formations sécurité, équipements adaptés), (2) les réserves motivées lors de la déclaration si le caractère professionnel est douteux, et (3) la contestation de l’imputation auprès de la CARSAT si un sinistre a été mal qualifié.

Accident du travail et arrêts répétitifs : droits et leviers de l’employeur

Lorsqu’un salarié cumule plusieurs accidents du travail sur une courte période, des questions légitimes se posent pour l’employeur : certaines déclarations sont-elles fondées ? Peut-on agir sans s’exposer à une requalification ? La réponse est oui, à condition de respecter un cadre précis.

Situation Droit de l’employeur Référence
AT suspecté non professionnel Émettre des réserves motivées dans les 10 jours (DAT ou lettre complémentaire) Art. R. 441-6 CSS
Arrêt AT prolongé sans amélioration clinique évidente Mandater un médecin contrôleur (effet juridique limité vs arrêt ordinaire, mais preuve d’engagement) Cass. soc., 16 oct. 2013, n° 12-15.638
AT à répétition (même type de lésion, mêmes circonstances) Demande d’enquête CARSAT + signalement à la CPAM au titre de l’art. L. 114-17-1 CSS Art. L. 114-17-1 CSS
AT reconnu mais faute intentionnelle du salarié prouvée Sanction disciplinaire possible (la protection AT ne couvre pas les fautes intentionnelles) Cass. soc., 3 févr. 2016, n° 14-20.512

⚠️ Attention : déclaration de complaisance

Un AT invoqué après un conflit social ou une procédure disciplinaire suscite naturellement des interrogations. La jurisprudence admet la contestation si l’employeur peut prouver l’absence de matérialité de l’accident (témoins, badge, vidéosurveillance légale, planning). La présomption d’imputabilité est forte mais réfutable (Cass. 2e civ., 9 mars 2017, n° 15-27.538).

Accident du travail en télétravail : obligations et cadre légal 2024-2026

Depuis l’arrêt de la Cour de cassation du 19 décembre 2018 (n° 17-31.​124), la présomption d’accident du travail s’applique pleinement au télétravailleur. L’accord national interprofessionnel (ANI) du 26 novembre 2020, transposé dans la loi, a consolidé ce principe : tout accident survenu pendant les horaires de travail, sur le lieu déclaré par le salarié, est présumé être un accident du travail.

Obligation Délai / détail Référence
Déclaration AT à la CPAM 48 h (hors dim. et jours fériés), même procédure que pour un AT en présentiel Art. L. 441-2 CSS
Réserves motivées Dans les 10 jours si doute sur les circonstances (ex. : accident survenu hors plage horaire déclarée) Art. R. 441-6 CSS
Mise à jour du DUER Intégrer les risques liés au télétravail (chute, TMS, risques électriques), obligation annuelle Art. R. 4121-1 CT
Information salarié Prévoir une clause dans l’accord ou la charte télétravail précisant les plages horaires couvertes ANI 26 nov. 2020

Bon à savoir, Accident hors plage horaire déclarée

Si le salarié déclare un AT pendant ses horaires de télétravail mais qu’aucun accord de télétravail formalisé n’existe, la présomption d’AT reste applicable si les conditions de fait démontrent qu’il était bien en situation de travail. En revanche, un accident survenu manifestement en dehors de ces plages (résultats de badgeage, logs de connexion, messagerie) permet d’émettre des réserves solides.

Questions fréquentes

Que se passe-t-il si je ne déclare pas l’accident dans les 48 heures ?

Le dépassement du délai de 48 heures vous expose à une majoration de vos cotisations accident du travail. De plus, si la CPAM a versé des indemnités journalières, elle peut vous en demander le remboursement. En cas de litige, l’absence de déclaration dans les délais peut également aggraver votre responsabilité si le caractère professionnel de l’accident est reconnu a posteriori. Il vaut donc toujours déclarer, même tardivement, en mentionnant les raisons du retard.

L’employeur peut-il contester la reconnaissance d’accident du travail par la CPAM ?

Oui. Si la CPAM reconnaît le caractère professionnel de l’accident malgré vos réserves, vous pouvez former un recours devant la Commission de Recours Amiable (CRA) de la CPAM dans un délai de 2 mois. En cas de rejet, un recours devant le pôle social du tribunal judiciaire reste possible. Cette contestation peut avoir des enjeux financiers importants sur vos cotisations AT/MP.

Le salarié accidenté peut-il être licencié pendant son arrêt ?

La loi prévoit une protection spécifique contre le licenciement durant la période de suspension du contrat consécutive à un accident du travail. Seule une faute grave étrangère à l’accident ou l’impossibilité absolue de maintenir le contrat (motif non lié à l’accident) peuvent justifier un licenciement. Tout licenciement prononcé en violation de cette règle est nul de plein droit.

Qu’est-ce que la subrogation et comment fonctionne-t-elle ?

La subrogation vous permet de maintenir le salaire du salarié accidenté et de percevoir directement de la CPAM les indemnités journalières qui lui auraient été versées. Cela simplifie la gestion administrative pour le salarié et pour vous. Pour en bénéficier, vous devez en faire la demande auprès de la CPAM et votre convention collective doit prévoir un maintien de salaire au moins égal aux indemnités journalières.

Comment se calcule la cotisation accident du travail ?

Le taux de cotisation accident du travail est fixé annuellement par la CARSAT en fonction de votre secteur d’activité, de la taille de votre entreprise et de votre sinistralité passée. Plus votre taux de sinistralité est élevé, plus votre cotisation augmente. C’est pourquoi une politique de prévention active et une bonne gestion des déclarations d’accidents (y compris les réserves motivées) ont un impact direct sur vos charges sociales.

Peut-on mandater un médecin contrôleur pour un arrêt consécutif à un accident du travail ?

La contre-visite médicale patronale est techniquement possible pour les arrêts AT, mais son effet juridique est plus limité que pour les arrêts maladie ordinaires. En effet, la protection spécifique accordée au salarié accidenté (art. L. 1226-7 CT) restreint la portée d’un avis défavorable. SantExpertise intervient principalement dans le cadre des arrêts maladie ordinaires, contactez-nous pour analyser votre situation spécifique.

Comment reconnaître si un arrêt maladie fait suite à un accident de trajet ou à l’activité professionnelle ?

L’accident de trajet (L. 411-2 CSS) couvre le parcours habituel entre le domicile et le lieu de travail ou de restauration, sans interruption pour motif personnel. Si l’accident survient lors d’un détour non nécessaire (faire des courses, passer chez un ami), la protection est perdue. En cas de doute sur la qualification, déclarez l’accident en précisant les circonstances et laissez la CPAM statuer, contester a posteriori est possible via la Commission de Recours Amiable.

L’employeur est-il responsable des accidents survenus pendant le télétravail ?

Oui. Depuis la jurisprudence de la Cour de cassation (Cass. soc., 19 décembre 2018, n° 17-31.085) et les règles légales applicables au télétravail (L. 1222-9 CT), l’accident survenu pendant les heures et sur le lieu de travail déclaré par le télétravailleur est présumé être un accident du travail. L’employeur doit déclarer l’accident dans les 48 heures. Seule la preuve que l’accident est survenu hors horaires de travail ou pour une activité personnelle peut renverser la présomption.

Un salarié peut-il cumuler un arrêt maladie ordinaire et une prise en charge AT ?

Non. Un salarié ne peut pas être simultanément en arrêt maladie ordinaire et en arrêt AT pour la même incapacité. En revanche, si un accident du travail survient pendant un arrêt maladie ordinaire, l’arrêt maladie est suspendu et la prise en charge bascule en AT. Les deux prises en charge sont indépendantes mais ne se cumulent pas pour la même période.

Quelle est la durée maximale d’un arrêt accident du travail ?

Il n’existe pas de durée maximale légale pour un arrêt accident du travail. L’arrêt dure tant que le salarié n’est pas consolidé, c’est-à-dire que son état de santé n’est plus susceptible d’amélioration notable. C’est le médecin traitant, en lien avec le médecin-conseil de la CPAM, qui fixe cette date. Elle peut intervenir après quelques semaines comme après plusieurs années dans les cas graves. Au-delà de la consolidation, le salarié peut être reconnu en incapacité permanente partielle (IPP) et, si nécessaire, déclaré inapte par le médecin du travail.

Comment se déroule la visite de reprise après un accident du travail ?

La visite de reprise est obligatoire pour tout salarié absent pour AT avec arrêt de travail d’au moins 30 jours (article R. 4624-31 du Code du travail). Elle doit avoir lieu dans les 8 jours suivant la reprise effective du travail, avant que le salarié reprenne son poste. Seul le médecin du travail est compétent pour la réaliser. À l’issue de cette visite, il peut déclarer le salarié apte (avec ou sans restrictions) ou inapte. En cas d’inaptitude, vous êtes tenu de rechercher un reclassement avant d’envisager un licenciement pour inaptitude.

Comment contester un accident du travail déclaré de mauvaise foi ?

L’employeur dispose de 10 jours après la déclaration AT pour formuler des réserves motivées auprès de la CPAM (art. R. 441-6 CSS). Ces réserves doivent porter sur les circonstances (lieu, heure, absence de témoin, contradiction avec les éléments du planning). La CPAM instruit le dossier et peut diligenter une enquête contradictoire. En cas de reconnaissance contestée, un recours devant la Commission de Recours Amiable (CRA) puis le pôle social du tribunal judiciaire est possible. Preuve clé : témoignages, images de vidéosurveillance légale, données de badgeage ou déclarations antérieures contradictoires (Cass. 2e civ., 9 mars 2017, n° 15-27.538).

L’employeur peut-il surveiller un salarié en arrêt AT pour vérifier sa présence à domicile ?

Oui, sous conditions. La contre-visite médicale patronale est le seul outil de vérification médicale légitime, même pour un AT (effet juridique limité sur le maintien de salaire par rapport à l’arrêt ordinaire). La surveillance extra-médicale (filature, constat d’huissier dans un espace public) est admise par la jurisprudence à condition d’être proportionnée et non intrusive (Cass. soc., 26 nov. 2002, n° 00-42.401 ; Cass. soc., 5 nov. 2014). En revanche, l’accès aux réseaux sociaux privés ou le recours à des GPS posés sur un véhicule personnel est prohibé sans déclaration CNIL.

Quelle est la responsabilité de l’employeur en cas d’AT sur un chantier ou site partagé ?

En cas de co-activité sur un chantier ou site multi-entreprises, c’est l’employeur du salarié accidenté qui reste tenu de déclarer l’AT dans les 48 heures, même si l’accident implique un équipement ou une faute d’une autre entreprise. Le plan de prévention (art. R. 4512-6 CT) doit avoir été formalisé avant toute intervention. Si la faute d’une entreprise tierce est prouvée, l’employeur peut se retourner contre elle via l’action récursoire (Cass. 2e civ., 17 déc. 2015, n° 14-26.850). La coordination SPS (Sécurité et Protection de la Santé) est obligatoire sur les chantiers du BTP dès que deux entreprises interviennent simultanément.

Antécédent non déclaré : la CPAM peut-elle écarter l’accident du travail, et l’employeur a-t-il accès au dossier médical ?

Un état de santé antérieur, même jamais signalé à l’employeur, n’écarte pas à lui seul la reconnaissance. L’accident survenu au temps et au lieu du travail est présumé professionnel (art. L. 411-1 du code de la sécurité sociale), y compris lorsqu’il aggrave une pathologie préexistante. Pour renverser cette présomption, il faut prouver que la lésion a une cause totalement étrangère au travail. Le salarié n’a aucune obligation de révéler ses antécédents à son employeur, et le secret médical (art. L. 1110-4 du code de la santé publique) interdit à l’employeur de consulter le dossier détenu par le service médical de la caisse. Lors d’un recours médical, le rapport n’est transmis qu’à un médecin mandaté par l’employeur (art. L. 142-10 du code de la sécurité sociale), jamais à l’employeur lui-même. En pratique, vos réserves motivées (art. R. 441-6 du même code) doivent porter sur les circonstances de temps et de lieu, pas sur la santé supposée du salarié. Pour vérifier le bien-fondé d’un arrêt que vous indemnisez, la voie prévue est la contre-visite médicale.

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